Os qui craquent : danger pour les articulations?

Yvan Campbell

Un bruit sec lorsqu'on redresse le dos, une épaule qui crépite ou des jointures que l'on fait craquer : usure prématurée, problème à venir ou tout simplement bizarrerie bénigne du système musculosquelettique ?

L'articulation

Pour comprendre il faut d'abord réaliser que ce phénomène se produit au sein d'une articulation. Une articulation se compose de deux os qui font contact au niveau de leurs cartilages, sorte de revêtement protecteur qui recouvre l'extrémité des os et permet à ceux-ci de glisser les uns sur les autres (figure 1). Une membrane synoviale entoure chacune de nos articulations et les cellules de cette membrane sécrètent un liquide : le liquide synovial. Ce liquide lubrifie le mécanisme et est essentiel à la nutrition de l'articulation. En effet, comme il n'y a pas de circulation sanguine à l'intérieur de la capsule articulaire, c’est le liquide synovial qui y assure le transport des nutriments. Sans liquide synovial, les chondroblastes qui maintiennent le cartilage en bon état, ne pourraient survivre et l'articulation dégénérerait rapidement.

Il faut aussi savoir que des gaz sont dissous dans ce liquide; on y retrouve de l'oxygène, de l'azote et principalement (80 %) du dioxyde de carbone (CO2).

 

 

Figure 1 : articulation du coude

 

Mécanisme du "pop"

Les bruits peuvent être d'origine "intra-articulaire", c'est à dire qu'ils proviennent de l'intérieur d'une articulation. Si on essaie d'étirer une articulation, une jointure du doigt par exemple, l'expansion de celle-ci est limitée par un certain nombre de facteurs. Un de ces facteurs est le volume du liquide synovial. Le liquide synovial ne peut pas prendre de l'expansion et laisser l'articulation se distendre à moins que les gaz qui y sont dissous ne reviennent à l'état gazeux. Si la force de traction sur l'articulation est assez grande ( si l'on tire assez fort ) la baisse de pression ainsi créée force les gaz à revenir à l'état gazeux (phénomène de "cavitation" i.e. formation de bulles de gaz dans le liquide synovial) augmentant ainsi le volume à l'intérieur de l'articulation d’environ 15 à 20 %. 

Le "pop" que l'on entend provient du passage des gaz dissous vers l'état gazeux, et on ne peut faire "craquer" l'articulation jusqu'à ce que les gaz se soient à nouveau dissous dans le liquide synovial. En fait, si à ce moment l'on prend une radiographie, on peut voir les bulles de gaz à l'intérieur de l'articulation ! C'est un peu comme quand on ouvre une bouteille d'eau gazeuse. La boisson étant embouteillée sous haute pression le gaz carbonique dissous dans la boisson revient à l'état gazeux aussitôt que la pression sur le liquide baisse en ouvrant la bouteille, provoquant ainsi les fameuses " bubulles " !

Une autre source de "bruits" et de sensations de crépitement  provient du frottement des tendons et des ligaments. Les experts les nomment "craquements extra-articulaires" parce que justement leur origine ne provient pas de l'articulation elle-même (Lamontagne, 1999). En effet, pour qu'un muscle puisse provoquer du mouvement, celui-ci doit obligatoirement traverser une articulation. Or, quand l'articulation bouge, le tendon (la bande de tissus conjonctifs qui relie le muscle à l'os) peut frotter sur d'autres structures, comme un autre tendon, un ligament (bande de tissus conjonctifs qui relie deux os), un muscle, ou une protubérance osseuse.

Quant à savoir si la manœuvre est dangereuse ou si elle peut endommager l'articulation, aucune preuve scientifique ne permet de le dire. Selon Raymond Brodeur, ergonome à l'Université Michigan State, il n'y a pas de relation entre l'habitude de se faire craquer les doigts et l'arthrose.

Donc, en l'absence de douleur il faut retenir que ces bruits sont très rarement dangereux et ne sont que les conséquences du fonctionnement normal du système musculosquelettique.

Le vieil adage "tant que ça craque, c'est que ça ne casse pas" était finalement bien fondé !

 


Correspondance:

Yvan Campbell, kinésiologue

Courriel : yvanc@yvanc.com