Bouger pour vaincre la douleur

Yvan Campbell

 

 

 

                                                                                                 

 

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Yvan Campbell

Je suis kinésiologue. Je m'intéresse depuis une vingtaine d'années au problème de la douleur chronique. Je suis coordonnateur d'une équipe interdisciplinaire en réadaptation en contexte de douleur chronique et j'ai une pratique privée où je travaille à aider des gens aux prises avec un problème de douleur chronique. 

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  • Prochaines conférences

20110922 (privée) Great West, cliquez ici
20111015 (grand-public) YMCA, cliquez ici
20111016 (privée) Congrès TempsDance, cliquez ici
20111125 (privée) Banyan, cliquez ici
20111208 (privée) CSST, cliquez ici (à venir)
 
  • Conférences Bougez pour vaincre la douleur
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3 novembre  2011

Quoi faire en cas de blocage lombaire ?

Un épisode de blocage lombaire (rester « barré ») est une expérience douloureuse mais, la plupart du temps, sans gravité. Il n'y a pas de danger de paralysie. Le blocage est le résultat d'un spasme musculaire, c'est-à-dire la contraction constante des muscles du dos en réaction à la fatigue, à un faux mouvement ou à une douleur. Votre façon de réagir au début de l'épisode sera déterminante pour la suite.

Étape 1: Ne pas paniquer et tenter de relaxer.

Essayez de vous asseoir ou de prendre une position qui vous est confortable. Si vous paniquez lors du déclenchement de l'épisode, l'augmentation de la tension musculaire, qui est une des manifestations de votre peur ou de votre anxiété face à la situation, augmentera la réaction de spasme musculaire.

Sachant que le spasme musculaire est le facteur qui produit le plus de douleur, vous comprendrez donc la nécessité de maîtriser la situation en restant calme. Le but est d'aider les muscles à se détendre le plus rapidement possible.

Si vous ne pouvez vous asseoir, étendez-vous au sol, les pieds sur un banc ou sur le bord de votre le lit. Cette position est efficace pour réduire la tension de votre dos.


 

     

Étape 2 : Appliquer de la glace pour contrer la douleur à court terme.

Appliquez de la glace pendant un maximum de 20 minutes pour un effet immédiat sur la douleur. Auparavant, enveloppez la glace dans une serviette humide et ne l’appliquez jamais directement sur votre peau.

Vous devez atteindre les trois phases suivantes :

Phase 1 : « C'est froid. »

Phase 2 : « Ça brûle, ça picote. »

Phase 3 : « C'est engourdi, je ne sens plus la douleur ».

Répétez une (1) fois à chaque heure.

La glace constitue un excellent antispasmodique et réduit la douleur. N’utilisez pas de chaleur, car celle-ci produit les effets contraires.

Étape 3 : Contrer la douleur à long terme.

Utilisez une médication pour un effet prolongé sur la douleur. L’acétaminophène (Tylenol extra-fort) est le médicament antidouleur le plus simple et le moins risqué. Et, fait qui peut sembler surprenant, c'est souvent le plus efficace. Prenez 2 comprimés aux 4 à 6 heures (pendant quelques jours). Il serait sage d'avoir un accès rapide et facile à ce type de médication en tout temps.
Ne prenez pas d’acide acétylsalicylique (Aspirine) ou d’ibuprofène (Advil, Motrin) si vous avez des problèmes de digestion on un ulcère à l’estomac, si vous prenez un anti-coagulant, si vous souffrez d'asthme ou d'allergies à l'aspirine.
Plusieurs personnes ne veulent pas prendre de médicaments, car elles les perçoivent comme une « béquille ». Ce n'est pas le cas avec ce type de produit : voyez la médication comme un outil temporaire.

Prenez vos médicaments régulièrement et n’attendez pas que votre douleur soit intolérable. Il faut en éviter les sommets d'intensité de la douleur (les "peaks").
 

 

Étape 4 : Bougez selon votre tolérance 

Des exercices d'étirement peuvent atténuer les spasmes et la douleur. Il est important de contracter le muscle jusqu'au point de tension musculaire (cliquez ici) , et ce, sans que la douleur augmente. Tenez la position pendant 20 à 30 secondes, sans mouvement brusque.
De plus, des séances de marche d'une durée limitée au départ, mais augmentant graduellement selon votre tolérance, vous seront bénéfiques. Il est très important de continuer vos activités habituelles, selon votre tolérance.

Éviter l'immobilité à tout prix !

En reprenant vos activités le plus tôt possible, vous vous sentirez mieux plus rapidement. La plupart du temps, un blocage lombaire ou une épisode de mal de dos aiguë se résout promptement.

Par contre, si vous éprouvez une douleur intense qui persiste ou s’aggrave au lieu de diminuer, ou si vous ne vous sentez pas bien et que votre état général est affecté en raison de votre mal de dos, vous devriez consulter un professionnel de la santé.

En terminant, rappelez-vous que plus vous maîtriserez ces crises, plus votre confiance augmentera, moins vous aurez peur d'elles et plus vous serez en mesure de les contrôler efficacement et rapidement !

Prévicap (2000). Le guide du dos. Centre de recherche en réadaptation au travail, Hôpital Charles-Lemoyne. Traduction du "Back Book" en accord avec le "Stationary Office Ltd" du Royal College of General Practioners.

Bigos, S., Bowyer, O., Braen, G. et al. (1994). Acute low back pain in adults. Clinical practice guideline no. 14. AHCPR publication ed. Rockville, MD: Agency for Health Care Policy and research, Public Health Services, US Department of Health and Human Services.

 

 


 

28 octobre  2011

Une hernie discale guérit avec le temps

Beaucoup de gens en doutent, mais c'est un fait. La douleur peut persister à cause d'un dysfonctionnement du système nerveux responsable de la douleur, mais après un certain temps (plus la hernie est volumineuse, plus c'est rapide) le système immunitaire finit par éliminer les morceaux du noyaux qui se sont infiltrés à l'extérieur de l'anneau cartilagineux.

 

« De nombreuses études ont récemment démontré que la hernie discale pouvait diminuer de taille, voire disparaître spontanément. Les changements morphologiques de la hernie sont habituellement visibles après six mois. Ils correspondent à une amélioration clinique qui précède souvent l’amélioration de l’imagerie.

Le mécanisme intime de destruction du matériel discal n’a pas été complètement élucidé. Des chercheurs ont postulé que l’exposition du nucleus pulposus dans l’espace épidural pouvait susciter une réaction auto-immune contre les composants antigéniques du fragment discal considéré comme un corps étranger par le système immunitaire
. »

 

Benoist, M. (2002) Histoire naturelle de la hernie discale lombaire et de la radiculalgie. Rev. Rhumatisme. 69 : 240-246.

 

Figure 1 : Imagerie médicale montrant la régression de plus de 90% d'une hernie discale lombaire (entourée en rouge) sur une période de 8 mois. 

 


 

26 octobre  2011

Un disque déplacé peut-être la cause d’un mal de dos. Vrai ou faux ?

Faux

Les « disques déplacés » n’existent pas. Les disques intervertébraux jouent le rôle d’amortisseurs et sont très solidement fixés entre les vertèbres de la colonne, qui elles-mêmes sont renforcées par de forts ligaments et entourées par de larges et puissants muscles. Les disques bombent naturellement lorsqu’il supportent une charge, mais les disques sont si bien amarrés qu’ils ne peuvent pas se déplacer.

 


 

17 octobre  2011, 6 h 20

Vos chances de retour au travail après un an d'absence

Elles sont à peu près nulles selon Rossignol (2006) et Pengel (2003) ... !

Ces données épidémiologiques mettent donc en lumière l'importance d'agir très rapidement lorsqu'une douleur d'origine musculosquelettique (mal de dos, tendinite, etc.) ne diminue pas avec le cours normal de la guérison. Une personne sur dix ne retournera pas à son emploi d'origine après seulement 4 semaines d'invalidité. Après 4 mois, seulement 6 personnes réussiront à y retourner et à y rester.

 

 


15 octobre  2011, 6 h 20

Dépression et exercice

On sait maintenant que la dépression résulte d’un déséquilibre de la neurochimie du cerveau et du fonctionnement psychologique de l’individu. Cinq pour cent des hommes et 10 % des femmes souffriront d’une dépression majeure dans leur vie, et ces données épidémiologiques sont à la hausse.

La maladie dépressive peut, heureusement, être traitée avec succès à l’aide de nouveaux médicaments de plus en plus performants (avec peu ou, même, sans effets secondaires) et de la psychothérapie. En outre, depuis plusieurs années, de nombreux  cliniciens ont ajouté l’exercice physique à leur panoplie de moyens d’intervention contre la maladie dépressive, car cette activité est maintenant reconnue et acceptée par la communauté scientifique. Il semble que l’exercice ait un effet positif sur la psychologie de l’individu, notamment en augmentant le sentiment de contrôle, en produisant une diversion par rapport aux pensées négatives, en augmentant l’estime de soi, en rehaussant le sentiment de compétence et en améliorant la qualité du sommeil.

Sur le plan « physiologique », l’exercice agirait positivement sur certains neurotransmetteurs (substances permettant aux neurones de communiquer entre eux comme, par exemple, la sérotonine) qui modulent l’humeur au niveau du système nerveux central. Une étude des plus spectaculaire sur le sujet a été publiée en 1999 (Blumenthal et coll.). Durant quatre mois, un programme d'exercices s'y était avéré aussi efficace qu'un médicament antidépresseur auprès d'individus (âgés de plus de 50 ans) souffrant de dépression majeure (figure 1).

 


 

Figure 1 : Comparaison entre l'effet d'un programme d'exercices et d'un médicament antidépresseur (Zoloft) sur la dépression majeure. Les auteurs ont démontré qu'il n'y a pas de différence significative entre les deux interventions après 16 semaines (n=156), bien que le médicament produise des résultats plus rapides. Le «HAM-D Score» est un indice de dépression. Plus l'indice est haut plus l'individu souffre de dépression.

 


5 octobre  2011, 18 h 00

Prochaines conférences « Bougez pour vaincre la douleur »

Les deux prochaines conférences auront lieu samedi 15 octobre 2011 au YMCA Hochelaga-maisonneuve de 14 h 30 à 17 h 30 et le dimanche 16 octobre 2011 au congrès « TempsDance 2011 » au Sheraton Laval de 9 h 15 à 10 h 30.

 

 


5 octobre 2011, 06 h 54

 

ABC de la douleur    

Pourquoi la douleur ?

Le rôle de tout être vivant est de survivre. La toute première cellule vivante a survécu parce qu'elle était capable de détecter les éléments représentant un danger potentiel dans son environnement externe (Yaksh, 2009). En obtenant cette information vitale, celle-ci pouvait agir pour se protéger et assurer sa pérennité. Elle avait développé le mécanisme de la douleur à l'aide d'un système nerveux rudimentaire et de ses trois fonctions : collecte d'information, traitement de celle-ci et action (figure 1). Après des milliards d'années d'évolution jusqu'à l'aboutissement de l'être humain, le mécanisme de la douleur s'est raffiné de façon extraordinaire, mais sa mission de base est toujours aussi importante : protéger l'organisme contre les éléments pouvant lui être nocifs ou même létaux. Le premier rôle de la douleur est donc de défendre l'intégrité de l'organisme.

 

 

Figure 1 : La première cellule et les fonctions de base du système nerveux : collecte d'information, traitement de l'information et réaction.

 

Le deuxième rôle de la douleur est de favoriser, voire forcer l'immobilisation lors d'une lésion physique. Une immobilisation relative est essentielle au début du processus de guérison des tissus (cliquez ici pour un résumé relatif système musculosquelettique). La réduction de l'intensité de la douleur durant les jours ou les semaines suivant la blessure permet un rétablissement progressif du mouvement et le retour vers la fonction. La douleur fait donc partie du processus de guérison !

Finalement, le troisième rôle de la douleur est de contribuer à l'apprentissage général. Les stimuli sensoriels entourant l'expérience de la douleur sont enregistrés par le cerveau et ces informations seront réutilisées pour empêcher que l'organisme soit confronté à nouveau aux circonstances qui ont provoqué la douleur. Par exemple, un jeune enfant qui s'approche d'un poêle allumé apprend assez rapidement que celui-ci peut être dangereux ...

 

Figure 2 : La douleur est un instrument d'apprentissage très efficace...

 

 En résumé, les trois rôles de la douleur :

1) Protéger contre toute menace à l'intégrité de l'organisme;

2) Favoriser l'immobilisation relative lors du processus de guérison et un retour progressif au mouvement par la suite;

3) Permettre l'évitement de situations potentiellement nocives en enregistrant le plus d'informations possibles sur lesdites situations.

 


3 octobre  2011, 12 h 00

Fraude et souliers de course !

Je cours depuis 33 ans, et j'ai toujours été très septique face aux vendeurs de souliers qui prétendaient pouvoir analyser la biomécanique de ma foulée et de pouvoir me dire si j'était un pronateur, supinateur ou je ne sais quoi !

Reebook s'est fait pincer "big time" cette fois-ci ... cliquez ici

 

 

 


27 septembre 2011, 6 h 15

La capacité fonctionnelle

Le but d’un réentraînement à l’effort (phase 2) est de rehausser la capacité fonctionnelle d’un individu. Fonctionnelle, parce que la réadaptation vise à rétablir la fonction qui est l’activité exercée par l’être humain : activité de travail, activité de vie quotidienne, loisir, etc. La capacité d’exécuter nos fonctions sous-tend nos rôles sociaux : travailleur, parent, conjoint, etc.
 

Capacité physique et capacité fonctionnelle
 

La capacité physique et la capacité fonctionnelle sont deux concepts différents. La capacité physique est le potentiel de production d’énergie mécanique de l’organisme. Une bonne capacité physique brute est nécessaire à l’accomplissement des fonctions humaines. Nécessaire, mais non suffisante. D’autres éléments de nature biomécanique, neurologique, voire psychologique doivent être intégrés au protocole d’exercices pour obtenir un bon transfert. Le niveau de transfert est le rapport entre les gains obtenus sur le plan de la fonction que l'on veut améliorer et ceux obtenus lors de l'exercice. Plus les adaptations physiologiques induites par l'entraînement sont transformées en améliorations de la fonction, plus le niveau de transfert est grand. On peut alors parler de hausse de la capacité fonctionnelle. La capacité fonctionnelle est donc l’aptitude à exécuter le plus efficacement possible les fonctions de la vie quotidienne.


Phase 2


Durant la phase de réentraînement à l’effort (phase 2), le principe de spécificité est la caractéristique la plus importante d'un exercice, si l'on veut favoriser le transfert des gains que l’on obtiendra en salle d’entraînement vers la fonction que l'on veut améliorer.
Plus l’exercice que l’on exécute partage les mêmes caractéristiques du mouvement que l’on veut entraîner, soit dans sa mécanique, soit dans le type d’effort que celui-ci nous demande, plus celui-ci est spécifique et plus il y aura un transfert des acquis de la salle d’entraînement vers la fonction que l'on veut améliorer. L'exercice sera alors vraiment fonctionnel.
Un entraînement fonctionnel implique l’organisation des activités de réadaptation de façon à optimiser le transfert des adaptations physiologiques en amélioration sig

nificative de la fonction que l'on cherche à améliorer.


Figure 1 : Plus les adaptations physiologiques induites par l'entraînement sont transformées en améliorations de la fonction, plus le niveau de transfert est grand.

 

 


 

27 septembre 2011, 6 h 00

Nouveau bulletin de l'Institut de kinésiologie du Québec



Au menu :

1) Le réentraînement à l’effort
2) Blog « Bouger pour vaincre la douleur chronique »
3) Il faut apprendre à vivre avec la douleur..., vraiment ?
4) L’exercice prévient les maux de dos après un programme de réadaptation
5) La capacité fonctionnelle
6) Testez vos connaissances

Bonne lecture !

 


 

22 septembre 2011, 12 h 00

Le dos qui craque : danger ?

Est-ce que le fait de se faire "craquer" le dos peut-être dangereux ? Merci de me répondre.

J. Lemaire, Saquenay

Un bruit sec lorsqu'on redresse le dos, une épaule qui crépite ou des jointures que l'on fait craquer : usure prématurée, problème à venir ou tout simplement bizarrerie bénigne du système musculosquelettique ?

L'articulation

Pour comprendre il faut d'abord réaliser que ce phénomène se produit au sein d'une articulation. Une articulation se compose de deux os qui font contact au niveau de leurs cartilages, sorte de revêtement protecteur qui recouvre l'extrémité des os et permet à ceux-ci de glisser les uns sur les autres (figure 1). Une membrane synoviale entoure chacune de nos articulations et les cellules de cette membrane sécrètent un liquide : le liquide synovial. Ce liquide lubrifie le mécanisme et est essentiel à la nutrition de l'articulation. En effet, comme il n'y a pas de circulation sanguine à l'intérieur de la capsule articulaire, c’est le liquide synovial qui y assure le transport des nutriments. Sans liquide synovial, les chondroblastes qui maintiennent le cartilage en bon état, ne pourraient survivre et l'articulation dégénérerait rapidement.

Il faut aussi savoir que des gaz sont dissous dans ce liquide; on y retrouve de l'oxygène, de l'azote et principalement (80 %) du dioxyde de carbone (CO2).

 

 

Figure 1 : articulation du coude

Mécanisme du "pop"

Les bruits peuvent être d'origine "intra-articulaire", c'est à dire qu'ils proviennent de l'intérieur d'une articulation. Si on essaie d'étirer une articulation, une jointure du doigt par exemple, l'expansion de celle-ci est limitée par un certain nombre de facteurs. Un de ces facteurs est le volume du liquide synovial. Le liquide synovial ne peut pas prendre de l'expansion et laisser l'articulation se distendre à moins que les gaz qui y sont dissous ne reviennent à l'état gazeux. Si la force de traction sur l'articulation est assez grande ( si l'on tire assez fort ) la baisse de pression ainsi créée force les gaz à revenir à l'état gazeux (phénomène de "cavitation" i.e. formation de bulles de gaz dans le liquide synovial) augmentant ainsi le volume à l'intérieur de l'articulation d’environ 15 à 20 %. 

Le "pop" que l'on entend provient du passage des gaz dissous vers l'état gazeux, et on ne peut faire "craquer" l'articulation jusqu'à ce que les gaz se soient à nouveau dissous dans le liquide synovial. En fait, si à ce moment l'on prend une radiographie, on peut voir les bulles de gaz à l'intérieur de l'articulation ! C'est un peu comme quand on ouvre une bouteille d'eau gazeuse. La boisson étant embouteillée sous haute pression le gaz carbonique dissous dans la boisson revient à l'état gazeux aussitôt que la pression sur le liquide baisse en ouvrant la bouteille, provoquant ainsi les fameuses " bubulles " !

Une autre source de "bruits" et de sensations de crépitement  provient du frottement des tendons et des ligaments. Les experts les nomment "craquements extra-articulaires" parce que justement leur origine ne provient pas de l'articulation elle-même (Lamontagne, 1999). En effet, pour qu'un muscle puisse provoquer du mouvement, celui-ci doit obligatoirement traverser une articulation. Or, quand l'articulation bouge, le tendon (la bande de tissus conjonctifs qui relie le muscle à l'os) peut frotter sur d'autres structures, comme un autre tendon, un ligament (bande de tissus conjonctifs qui relie deux os), un muscle, ou une protubérance osseuse.

Quant à savoir si la manœuvre est dangereuse ou si elle peut endommager l'articulation, aucune preuve scientifique ne permet de le dire. Selon Raymond Brodeur, ergonome à l'Université Michigan State, il n'y a pas de relation entre l'habitude de se faire craquer les doigts et l'arthrose.

Donc, en l'absence de douleur il faut retenir que ces bruits sont très rarement dangereux et ne sont que les conséquences du fonctionnement normal du système musculosquelettique.

Le vieil adage "tant que ça craque, c'est que ça ne casse pas" était finalement bien fondé !

 


21 septembre 2011, 14 h 18

Le mythe du disque fragile

Un des mythes fondamentaux, dont découlent plusieurs autres, affirme que le dos est fragile et qu’on doit le protéger contre un effort trop grand.

« Le Dr Alf Nachemson, célèbre chirurgien orthopédiste à Göteborg en Suède, a prouvé qu’une flexion du tronc vers l’avant engendre une pression très élevée sur ces disques, pression qui grandit encore plus quand on lève quelque chose. Le Dr Nachemson a mis en évidence que les disques commencent à s’user au début de la vingtaine. Je n’arrive pas à voir comment ce processus se distingue du processus général du vieillissement »,

affirme John E. Sarno, physiatre américain du Rusk Institute of Rehabilitation Medicine.

« En réalité, la colonne est très robuste.»

Sarno confirme dans ses écrits que l’augmentation de pression dans les disques est normale et que celle-ci ne signifie absolument pas qu’il faut éviter la flexion. En fait, cette augmentation est justement le résultat du travail que doit effectuer les disques intervertébraux, c’est-à-dire la répartition efficace des forces entre les structures des composantes du système locomoteur.

« Il ne faut pas forcer le dos », entend-t-on souvent. Cette affirmation est relativement illogique, alors que la science nous démontre qu’en fait, c’est l’immobilité qui est dangereuse pour le dos. Quand les principes de base de la biomécanique sont respectés, le mouvement est bénéfique et même essentiel à la colonne vertébrale.

« Il faut bien forcer le dos », devrait plutôt être l'énoncé exact.

 

 


 

19 septembre 2011, 6 h 00

Sports et mal de dos

Est-ce que certains sports pourraient causer le mal de dos ?

A. Lemay, Montréal
 

On entend souvent dire que certains sports, ou même le sport en général, favorisent le mal de dos. S’agit-il de légendes urbaines ou d’une réalité ?

Il semblerait que cette pensée soit mythique, car selon trois études, l’activité physique de loisir et le sport n’augmentent pas le risque de souffrir du mal de dos. Dans une étude publiée dans Spine en 1999, le Dr Peter Croft a démontré, en étudiant un groupe de 2 175 hommes et femmes sur une période d’un an, que le niveau d’activité physique de loisir n’était pas lié à un plus haut taux de douleurs au dos. Le professeur Croft a découvert qu’une mauvaise santé en général et qu’un surplus de poids (seulement chez les femmes) étaient associés à l’apparition d’un épisode de mal de dos pour les participants à l’étude, et ce, pendant l’année qu’a duré la recherche.


Dans une autre étude présentée au congrès annuel de l’American College of Sports Medicine de 1999, le Dr Ehrmann-Feldman démontrait que le sport pratiqué par les adolescents n’avait aucun effet négatif sur l’incidence des maux de dos. Ce chercheur avait entrepris l’étude parce qu’aux États-Unis (de même qu’au Canada), certains parents craignaient l’effet potentiel de la pratique de sports sur l’appareil locomoteur de leurs enfants et, en particulier, sur le dos. D’après les travaux de Ehrmann-Feldman ces craintes sont non fondées.

 


 

19 septembre 2011, 6 h 00

La kinésiophobie, cette peur de bouger


« La lutte contre la douleur exige l'apaisement initial de la peur qui taraude un patient qui ne comprend pas la violence qui le mine »
David Le Breton (2006)


La découverte qui a le plus influencé ma pratique depuis 1991 a été faite par les membres de l'équipe du psychologue néerlandais Johan Vlaeyen. Selon eux, plusieurs composantes (physiologique, sociale et psychologique ) favorisent la transformation d’une douleur aiguë en une souffrance chronique. Sur le plan psychologique, les croyances, les perceptions, certaines caractéristiques de la personnalité (la tendance au catastrophisme, par exemple) et les facteurs émotifs sont associés au processus de la chronicisation de la douleur.

La kinésiophobie désigne le processus par lequel tous ces facteurs interagissent les uns sur les autres et engage l’individu dans un « comportement d’évitement ».

En effet, certaines personnes, après s’être blessées et avoir souffert, en arrivent à craindre le pire. La peur d’aggraver la blessure et (ou) la peur de recréer ou d’augmenter une douleur déjà présente les pousse à éviter certaines activités physiques, ce qui, avec le temps accroît leur incapacité.

La kinésiophobie est le premier obstacle auquel s'attaquer lorsqu'on débute un programme visant à régler un problème de douleurs persistantes d'origine musculosquelettique. La psychologie dite cognitivo-comportementale nous enseigne que, comme pour toute phobie, la peur du mouvement se solutionne en deux étapes :

1) De l'information et des réponses aux questions de l'individu aux prises avec le problème de douleur sur son diagnostic, sur le phénomène de la douleur persistante ou sur tout autre sujet qui l'inquiète.

2) Une exposition systématique au mouvement à l'aide d'un programme d'exercices graduel et progressif.

La participation à un programme de réadaptation physique en contexte de douleur chronique qui ne comporte pas de composantes visant à modifier cette peur de l'activité physique est presque automatiquement vouée à l'échec. Et c'est ce qui se produit régulièrement quand on tente d'initier une personne qui présente des douleurs persistantes à un programme de conditionnement physique sans passer par une phase de désensibilisation systématique à la kinésiophobie. C'est comme lancer à la piscine une personne qui a peur de l'eau... Cela aura comme effet de renforcer la phobie, et celle-ci sera de plus en plus difficile à disparaître.

 

Figure 1 : Le modèle peur-évitement de Vlaeyen.

 


 

12 septembre 2011, 18 h 00

Il faut apprendre à vivre avec la douleur..., vraiment ?
 

« Il n'y a qu'une douleur qui soit facile à supporter, c'est celle des autres ...»
René Leriche (1879-1955)



" Il vous faudra apprendre à vivre avec votre douleur " Toutes les personnes qui souffrent de douleurs persistantes ont entendu un professionnel ou une personne de leur entourage leur donner ce sage conseil...

Par contre, il est faux.

C'est la formule consacrée par nous, les intervenants, devant un phénomène difficile à maîtriser et qui libère ainsi notre conscience professionnelle en rejetant la responsabilité du côté de l'individu qui souffre. C'est un peu un signe de notre frustration.

Bien sûr je sais que la douleur est un phénomène normal de la vie de tous les jours, mais les professionnels doivent comprendre que l'expérience d'une douleur chronique qui mine la vie est tout autre que les courbatures au dos après une rude journée de travail. Ce que les personnes qui souffrent de douleurs chroniques entendent lorsqu'on leur sert cet aphorisme est qu'elles doivent se résigner à endurer l'intolérable pour le reste de leur vie.

De toute façon, si l'on examine la littérature scientifique, on voit bien que c'est faux. Les données démontrent que dans les interventions bien construites, l'intensité de la douleur diminue chez les participants (figure 1).

Il ne faut pas apprendre à vivre avec votre douleur, il faut apprendre à vous en débarrasser et à reprendre une vie normale.
 

Figure 1 : La douleur baisse en moyenne de 35 % lors d'interventions de qualité (Rainville 2004).

 

 


 

12 septembre 2011, 00 h 01

Le blog

C'est aujourd'hui que ça commence. Nouvelle aventure pour moi. J'ajoute donc ma voix aux 156 millions de blogs recensés à ce jour... Le mien portera sur la douleur chronique. Des centaines de milliers de personnes dans le monde souffrent de douleurs chroniques et celles-ci affectent leur vie de façon très importante. C'est mon champ d'activité depuis 20 ans et celui-ci me passionne même si beaucoup de travail reste à faire pour aider tous les gens qui voient leur vie minée par ce fléau.

Objectif

L'objectif du blog sera de générer de l'information en complément des deux programmes les plus importants de l'Institut de kinésiologie du Québec : celui de l'Équipe interdisciplinaire en réadaptation au travail et notre tout nouveau programme : Bouger pour vaincre la douleur. L'information et l'éducation sont à la base de toute intervention efficace en réadaptation en contexte de douleur chronique et beaucoup de nos activités sont consacrées à cette facette de notre intervention, dont ce blog.

Je vous proposerai trois types de textes : d'abord une série sur un thème précis en complément à de notre programme «Bouger pour vaincre la douleur». La première série : l'ABC de la douleur, ensuite des chroniques d'opinion sur le monde de la douleur chronique en général; enfin, des réponses aux questions des lecteurs, si jamais des gens lisent ce blog...

La philosophie du blog sera la même que pour le site : le fond aura préséance sur la forme. Par contre, ce mode de communication nous permettra une interactivité plus directe avec vous, les lecteurs. Je serai le principal auteur de ce blog, mais je ferai appel aux membres de l'Institut de kinésiologie du Québec, au besoin.   

 


 

12 septembre 2011, 00 h 01

Bouger pour vaincre la douleur

Pendant des décennies, la conduite à suivre en cas de douleur chronique d'origine musculosquelettique était le repos et la restriction des activités. Par contre, la communauté scientifique et les intervenants cliniques s'entendent maintenant sur le fait que cette façon de faire est non seulement inefficace mais engendre un train de conséquences néfastes qui aggrave la douleur et mine la qualité de vie. Les interventions efficaces sont basées sur la reprise des activités à l'aide de techniques, d'outils et d'un savoir-faire maintenant accessible à tous.

Et un programme d'exercices est le noyau de départ d'un tel programme.

Rigueur scientifique et approche humaine

Bouger pour vaincre la douleur est l'aboutissement de 20 années de recherche et de pratique clinique. Le programme est fondé sur les évidences scientifiques les plus récentes combinées à une approche humaine où le client est au centre de l'intervention.

Il se compose d'abord d'une conférence initiale sur la douleur chronique. La conférence est le fondement du programme, car le transfert d'information vise à faire comprendre les liens entre les modalités utilisées et les résultats visés, c'est-à-dire l'éradication de la douleur et le retour à une vie normale et productive.

La conférence est suivie d'un programme en trois phases, appuyé par la participation facultative aux groupes d'entraide.

Finalement, les participants pourront être suivis après le programme, à une fréquence qui leur conviendra. ce dernier est en processus d'implantation présentement, mais d'ici quelques semaines, il sera pleinement en fonction. Nous débutons les consultations cette semaine.

 

                Figure 1 : Le modèle d'intervention du programme.

 

 


 

12 septembre 2011, 00 h 01

 

ABC de la douleur    

introduction

Participer à un programme de réadaptation en contexte de douleur implique obligatoirement une compréhension minimale du phénomène de la douleur. La raison est que ce genre de programme exige une participation active de l'individu qui souffre. Cette participation active exige des efforts, et un effort demande de la motivation !

Or pour être motivé, il faut faire le lien entre l'effet attendu et les comportements que l'on adopte. Si on vous propose un programme d'exercices pour diminuer la douleur et que vous ne comprenez pas comment l'exercice peut induire une diminution de l'intensité de la douleur, il y a peu de chance que vous persévériez à exécuter votre programme. Or, si le lien entre l'exercice et la diminution de la douleur est clair pour vous, la motivation sera au rendez-vous et sera d'autant plus décuplée lorsque les premiers gains surviendront !

Ceci est donc la raison d'être de cette série sur la douleur, et de la conférence « Bouger pour vaincre la douleur ».

Début de la série la semaine prochaine !